Fanny Grandchamp

Fanny Grandchamp (Victimology Society of Serbia - International Action Network on Small Arms - IANSA): Fanny is from the town of Annecy in the French Alps. She earned a BA in Public Administration from Grenoble University, and also studied abroad in Truru, Canada and at the University of Exeter in the UK. In 2006, Fanny spent a month in Senegal helping to build a school. The following year, she spent three months in Ho Chi Minh City, Vietnam as an intern in the social affairs department of the French Consulate. At the time of her fellowship, Fanny was pursuing a Master’s degree in International Organizations at the Institute of Political Science of Grenoble. After her fellowship, Fanny wrote “This challenging experience has revealed itself very formative and useful, opening up my interest in the Balkan region and helping me find confidence. I'm grateful to AP for this.”



La violence domestique, une maladie de société qu’il faut diagnostiquer

20 Jul

Ressourcée de ma visite aux « Femmes seules », je me suis dit en sortant que l’expérience allait peut être s’avérer plus facile qu’elle ne le paraissait au premier abord… un peu vite dit.

Le jour suivant était sur mon agenda marqué d’une croix rouge. Le centre de conseil contre la violence domestique , l’une des plus grosses associations de Belgrade, disposant d’une hotline à la disposition des femmes battues, et gérant deux centres d’accueil pour les victimes de violence conjugale.  (sur les neuf existants en Serbie). J’espérais que le lieu se révélerait être une mine d’or d’information. Quelle déception ! Elles m’expliquent tout d’abord leurs visions quant à la place des armes à feu dans la violence domestique : « les armes à feux ne représentent pas un danger spécifique, une menace particulière. Les agresseurs peuvent utiliser un couteau, une chaise. Chaque objet peut être source de violence et de mort, n’en dépendent que la fréquence et la force avec laquelle ils sont utilisés ». Je recadre et explique qu’à mon sens, Il est difficile d’interdire a tout un chacun d’avoir quelconque objet chez soi ; Mais qu’un pistolet, a contrario, apparait évidemment comme un moyen de produire de la violence.  Qu’il a moins sa place dans une maison qu’un couteau ou qu’une chaise. Et qu’a ce titre, on peut plus aisément « éradiquer » cet aspect de la violence domestique.

Lorsque j’évoquai encore la réalité du phénomène, les cas concrets, elles répondirent qu’à part les grands titres des journaux, rien ne leur venait à l’esprit. Non, elles ne connaissaient pas de cas parmi leurs dossiers relevant de ce sujet. Elles expliquèrent que la violence domestique avait certes connu une recrudescence après les années 1990 et le retour dans les foyers, de maris brisés et traumatisés qui reproduisaient les attitudes violentes dont ils avaient fait l’expérience pendant la guerre. Et si quelquefois il leur est arrivé, me disent-elles, de ramener avec eux des pistolets, c’était uniquement pour se protéger et gérer le stress post- traumatique qui les rongeait.  Bien sur, les femmes pouvaient avoir peur. Un mari violent, qui dort une arme cachée sous l’oreiller… Mais qu’elles se rassurent, ce n’était pas contre elle qu’elle serait utilisée en premier lieu.

Comment expliquer ce décalage ? Les recherches montrant que 10% des pensionnaires de foyers construits pour héberger ceux qui ont fui les coups vivaient aussi sous la menace d’une arme, comment expliquer, qu’en plein centre de Belgrade, la capitale, ce chiffre était proche du zéro ? Je n’aurai la réponse que graduellement, au fur et à mesure de l’entretien… J’appris ainsi que dans un souci de ne pas « re-victimiser » les femmes qui viennent chercher de l’aide, l’ouverture du dossier s’effectue après un seul et unique entretien, sauf cas ou ce sont les femmes elles même qui demandent des visites additionnelles. Plus surprenant encore, une employée m’explique : « On ne veut pas qu’elles se sentent oppressées de questions alors on n’en pose pas. On ne demande pas de détails. On prend ce qu’on nous livre sans en demander plus ».

J’ai envie d’ajouter.  « Et ce qu’on ne livre pas, ça n’existe pas ? ». La collecte d’information est une étape cruciale pour cerner les contours d’un problème et le comprendre en profondeur. Et ce n’est qu’une fois que la formulation du problème est correctement pausée qu’on peut s’attacher à le résoudre.  A mon sens, questionner pour mettre à jour la totalité des souffrances ne relève pas d’une attitude intrusive et néfaste pour les victimes. Bien sur, il y a la manière de questionner, qui doit inclure toute la délicatesse du monde. Mais je pense que l’établissement de la totalité des faits est positif pour l’individu, qui peut ainsi se libérer de tous les maux qui l’ont traumatisé, reconnaitre et « digérer » toutes les facettes de son passé pour essayer ensuite de tourner la page. C’est aussi positif pour ceux autour de lui, parce que certaines situations individuelles sont en fait, à bien y regarder, des pathologies de la société. Et il est alors nécessaire, pour les appréhender, de développer des solutions globales. En ce sens, la violence domestique, arme au poing au pas, est une maladie de la société, qui a besoin d’être proprement diagnostiquée.   La collecte d’information est à ce titre, essentielle.

Alors ou était le vrai, ou était le faux ? Etais-je en train de photographier un phénomène qui n’existait pas réellement ,en dehors des titres de journaux ? Les deux visites suivantes allaient pointer du doigt la réalité du phénomène… Rendez vous au blog suivant.

Posted By Fanny Grandchamp

Posted Jul 20th, 2009

Enter your Comment

Submit

Your email address will not be published. Required fields are marked *

 

 

Fellows

2019
2018
2017
2016
2015
2014
2013
2012
2011
2010
2009
2008
2007
2006
2005
2004
2003